A vous les studieux ! (Viva Cité 06/04/2004)
Plusieurs médias étudiants fleurissent sur le campus de Strasbourg. Audience restreinte et petit budget ne découragent pas leurs responsables.

Deux étudiants s’expriment librement dans le vidéomaton de fortune installé par les étudiants de TvCampus dans la cafétéria de l’Esplanade.
Une caméra à la main, un grand carton recouvert d’un tissu noir, tenu par des pinces à linge. C’est l’heure du vidéomaton, au restaurant universitaire de l’Esplanade. Le mercredi, à l’heure du déjeuner, les membres de TV campus invitent les étudiants à s’exprimer librement dans cette cabine de fortune. « C’est le moment où l’on va vraiment à la rencontre des gens », explique Alexis Becker, responsable audiovisuel de la télé étudiante.
Une petite blonde joviale se laisse finalement tenter : « Faites attention aux beaux gosses, on est souvent déçues. Moi j’ai fait le choix d’en prendre un pas terrible, mais au moins je suis heureuse », dit-elle en se tournant vers son copain. Ils éclatent de rire.
Une demi-heure plus tard : Majid, Antoine et Alexis, les trois représentants de la télé étudiante, parviennent enfin à convaincre un étudiant allemand d’aller dans le vidéomaton. Celui-ci se lance : « Je ne comprends pas. J’ai reçu la facture d’électricité, et je dois payer une somme énorme. Je me demande bien ce que je vais faire. »
Proximité et publicité
A Strasbourg, contrairement à d’autres villes universitaires où les médias destinés aux étudiants foisonnent, l’offre est réduite. Très peu d’initiatives encouragent la création d’espaces de dialogue entre les étudiants. Depuis la mort de Radio Campus en 1996, c’est... le silence radio. Seules quelques exceptions nuancent le constat : fanzines, émissions de télé, journaux d’amicales.
Diffusée depuis la rentrée sur Canal Info Strasbourg, la chaîne câblée de la ville, TV Campus reste assez confidentielle : peu d’étudiants sont raccordés au câble chez eux. Restent les cafétérias du campus (Esplanade, cafétéria des sciences, le Minotaure), où un poste de télévision diffuse en boucle les programmes. « Les étudiants préfèrent écouter de la musique quand ils viennent ici, regrette Guillaume Haar, le vice-président de la cafèt des sciences. Ils nous demandent souvent d’éteindre le poste. »
Pour remédier à cette situation, TV Campus a choisi de se développer selon deux axes : la proximité et la publicité. Pour vivre au rythme des étudiants, l’équipe vient d’implanter son studio de montage dans la résidence universitaire Paul-Appell. En plus des affiches et du vidéomaton, elle a organisé, le 25 mars dernier, un plateau avec Luc Besson dans l’un des amphis de l’université Marc-Bloch. Au programme : promotion pour le dernier film du producteur et présentation d’extraits des émissions de TV campus (courts-métrages et interviews), à grand renfort de sponsoring pour Levi’s, l’UGC Ciné cité, NRJ ou le Barbier de Broglie. Très discret sur le financement de l’association, Muammer Yilmaz, l’un des fondateurs de TV Campus, ne veut pas révéler la proportion de l’autofinancement et des subventions dans le budget.
« Il existe un esprit Glaviot »
Il existe d’autres moyens d’offrir une tribune aux étudiants. A condition d’ouvrir l’œil, il arrive de tomber sur un fanzine qui sort de l’ordinaire. Sur un comptoir de bar ou chez le libraire, on trouve parfois un Glaviot. Jeff, membre du trio à l’origine du journal, explique le choix du titre : « Le Glaviot, c’est un truc qui vient de loin, qui met du temps à sortir et qui fait parfois mal. Avec un résultat qui n’est pas toujours très propre. »
A première vue, aucune unité ne se dégage de l’ensemble des dessins et des textes, le format change à chaque numéro, et pourtant il existe « un esprit Glaviot ». Chacun apporte sa touche personnelle autour d’un thème commun. Dans le dernier numéro, intitulé « Y’a trop de patelins sans train », les jeux pédagogiques de Liliplum (trouver le chemin le plus court pour aller à l’école en utilisant les transports) voisinent avec « Le fabuleux déplacement de Naflüh, 0 Visu et Xégèse », désigné par ses auteurs comme un « pamphlet figurato-régressif » contre ceux qui ont perdu de vue les vertus du voyage. Diversité, humour parfois graveleux et références culturelles : tels sont les ingrédients utilisés par l’association Ptysis (le crachat, en latin). Pour, selon les termes de Jeff, « faire sortir la culture et l’art des musées et les mettre à la portée de tous ».
Pas de Glaviot dans l’enceinte de l’université, jugée trop institutionnelle. Par contre, certains bars et papeteries ont toujours un présentoir avec des Glaviots. Du coup, c’est souvent le hasard qui met l’un de ces journaux entre les mains d’un étudiant.
Pour lutter contre l’anonymat, les fondateurs du Glaviot avaient eu l’idée de faire de la contre-pub, avec des affiches dénonçant « Le Glaviot, journal facho ». « C’est ce qui a le mieux marché pour nous faire connaître », raconte Benjamin, autre fondateur du journal. Aujourd’hui, fini l’affichage sauvage.
Pour continuer à publier le Glaviot, l’association recherche des financements supplémentaires auprès d’une banque. Sans aucune subvention, Ptysis fait vivre le journal grâce à la vente des numéros, à raison d’un euro par exemplaire.
Un choix différent a été fait par les étudiants de l’association Amnésies. Grâce aux subventions du Crous (600 euros) et de l’université Marc-Bloch (1250 euros), deux étudiants en licence d’histoire, Wendolin Bach et Mathieu Gaschi, vont lancer une revue à la fin du mois d’avril. Autour d’un thème précis, Amnésies comptera une trentaine de pages avec des photos en couleurs et des textes philosophiques et littéraires fournis par tous ceux qui le souhaitent. Pour trois euros, on pourra se procurer le magazine sur le campus, ainsi que dans plusieurs librairies de la ville. La recette permettrait de sortir un deuxième numéro.
Gratuits et pratiques
Ainsi, derrière l’apparente atonie du campus, certains passionnés parviennent à réaliser leurs projets. A côté de ces initiatives plus personnelles, les journaux des amicales étudiantes restent toutefois les plus visibles et les plus lus. Axiom (maths), Le savant fou (sciences), le P’tit juriste (droit) animent dans leurs filières respectives la vie des étudiants. Annonce des dates de galas, des examens, des élections du Crous, interviews de profs, le contenu de ces feuilles est plutôt tourné vers les informations de proximité. Gratuits et pratiques, diffusés dans les facultés, ils trouvent généralement des partenariats auprès d’interlocuteurs proches des milieux étudiants. Le P’tit juriste, par exemple, est à la fois financé par la MGEL et deux bars de Strasbourg.
Liza Marie-Magdeleine et Tatyana Litovchenko